1ᵉʳ tour : quand l’abstention dit ce que les urnes taisent
Ce dimanche 15 mars, les Réunionnais étaient appelés à choisir leurs maires pour les six prochaines années. Les résultats tombent, les commentaires fusent, les états-majors savourent ou calculent. Avant de nous laisser emporter par l’enthousiasme ou la déception, prenons un moment pour regarder les chiffres avec lucidité.
Ce que disent les urnes… et ce qu’elles cachent
À l’échelle de l’île, le taux de participation s’est établi à 55,27 % — un chiffre en hausse par rapport à 2020, année de la COVID (50,32 %), mais bien en retrait des élections de 2014, ce qui mérite d’être noté. Il signifie que près d’un électeur sur deux ne s’est pas exprimé. Autrement dit, les victoires d’aujourd’hui sont des victoires sur les exprimés, pas nécessairement sur les Réunionnais dans leur ensemble. C’est une nuance qui compte.
Cette abstention structurelle n’est pas un accident. Elle est le résultat de la radicalisation de notre espace politique où il est devenu politiquement correct de “cracher dans la soupe” et de mépriser le cadre institutionnel. Elle est aussi le résultat d’actions publiques qui peinent à trouver leur cible, souvent trop complexes pour le commun des mortels et encadrées par des règlements et une administration qui prennent plus de pouvoir que les citoyens. Elle traduit une défiance profonde envers nos institutions et, parfois, envers les candidats eux-mêmes. Elle profite mécaniquement aux sortants, dont les réseaux militants sont rodés, organisés, mobilisés. La prime au sortant n’est pas qu’une prime de bilan : c’est aussi celle d’une abstention qui privilégie l’expression militante par défaut de celle du citoyen. L’élection de 14 maires sortants avec des scores impressionnants, jusqu’à 80,46 %, en est la preuve.
Saint-Paul : un premier tour qui pose plus de questions qu’il n’en résout
À Saint-Paul, le taux d’abstention s’est établi à 49,49%, contre 53,65 % en 2020 — en baisse relative, qui relativise l’un intérêt pour une élection particulièrement attendue.
Les résultats sont les suivants:
- Emmanuel Séraphin obtient 20 325 voix sur un total d’inscrits de 89 425, soit 47,16 % des exprimés mais seulement 22,72 % des inscrits;
- Cyrille Melchior atteint 14 728 voix soit 34,17 % des exprimés mais uniquement 16,46 % des inscrits;
- Didier Robert obtient 4815 voix soit 11,17 % des exprimés, mais seulement 5,38 % des inscrits;
- Jean-Yves Morel obtient 2 563 voix soit 5,95 % des exprimés, mais seulement 2,8 % des inscrits;
- Maxime Hoareau obtient 671 voix soit 1,56 % des exprimés, mais seulement 0,75 % des inscrits.
Les trois qualifiés pour le second tour sont donc Emmanuel Séraphin avec Cyrille Melchior et Didier Robert.
Leurs scores seront à analyser dans le détail mais le premier enseignement est déjà là : la fragmentation de la droite entre Melchior et Robert a empêché toute clarification dès ce soir. Emmanuel Séraphin, qui n’avait encore jamais soumis son bilan au suffrage universel depuis sa prise de fonction en 2021 à la suite d’Huguette Bello, bénéficie ainsi à beaucoup de la prime au sortant — une prime amplifiée par ce que nous avons pu mettre en valeur dans le précédent post: la difficulté des électeurs à choisir entre des adversaires dont les programmes ne se distinguaient guère sur le fond.
Ce sont donc finalement les personnalités, les réseaux, la confiance personnelle qui ont orienté le vote — non les projets. À ce titre, le constat que nous pouvons faire, c’est que ni Didier Robert, ni Jean-Yves Morel n’ont réussi à capitaliser un capital confiance suffisant pour atteindre leur objectif — chacun en tirera les conclusions qu’il veut.
L’autre constat est que le résultat de Maxime Hoareau montre combien il est difficile pour tout un chacun de s’engager en politique et tout le courage nécessaire à défaut de réseaux et de militants.
Le rendez-vous du second tour : attention aux alliances
La semaine qui vient sera celle des tractations. Robert et Melchior se sont regardés en chiens de faïence tout au long de la campagne, et rien n’indique qu’une union de la droite ira de soi. Si une alliance se noue entre les deux listes — voire avec Jean-Yves Morel et le RN —, l’arithmétique change radicalement. C’est le scénario que nous devrons surveiller de très près.
Rendez-vous donc avant le deuxième tour, quand manzé cochon nous sera servi. On vous en reparlera.

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