Après les grand meeting, pour montrer ses muscles, après les réunion de quartier, les « Koseman dans la kour » pour séduire, c’est le moment des professions de foi : Pas facile de lire ce que les candidats écrivent réellement, pas facile de décoder ce qui relève d’une ambition, d’une promesse sans engagement, ou d’un propos politiquement correct. Nous allons essayer de faire l’analyse des professions de foi que vous avez reçues dans vos boite à lettres. Nou n’avons aucune ambition de tenir une quelconque vérité. Nous n’affichons pas de soutien affiché. Nous ne donnons pas de consigne de vote. Un seul objectif : vous donner les outils pour voter en conscience.
Voici notre décodage complet des cinq professions de foi pour les élections municipales de Saint-Paul les 15 et 22 mars 2026.
Notre grille d’analyse
Nous avons évalué chaque programme selon quatre critères :
1. La précision des propositions — Ce qui est annoncé est-il concret et vérifiable, ou reste-t-il dans le vague ?
2. La faisabilité financière — Les promesses sont-elles accompagnées d’un début d’explication sur leur financement ?
3. L’ancrage territorial — Le programme connaît-il vraiment Saint-Paul dans sa diversité (Hauts/Bas, quartiers périphériques, littoral, agriculture) ?
4. La cohérence politique — Le porteur de projet est-il cohérent avec ce qu’il promeut ?
JEAN-YVES MOREL — « Rassemblement Saint-Paulois » / Rassemblement National
Le programme en un mot : Importé.

Jean-Morel Morel présente neuf priorités : être un maire accessible, déployer les services dans les 14 mairies annexes, lancer un audit des finances, chasser les mauvaises dépenses, augmenter les caméras de surveillance, traiter l’errance animale, placer le pouvoir d’achat au cœur du mandat, améliorer la propreté, favoriser la cohabitation des mobilités.
Ce qu’on observe : Chacune de ces priorités est partagée par au moins trois autres candidats. Rien dans ce document n’est spécifique à Saint-Paul. Pas une ravine, pas un nom de quartier, pas une réalité agricole, pas une mention des Hauts. En revanche, les photos de Marine Le Pen et Jordan Bardella occupent un quart du document. Le signal est clair : cette campagne est nationale avant d’être locale.
Ce qu’on note positivement : Le ton est direct, lisible. L’honnêteté de la brièveté vaut mieux que le catalogue qui noie le poisson.
Ce qui nous préoccupe : Le Rassemblement National, au niveau national, porte des positions sur l’immigration, la solidarité sociale et les droits fondamentaux qui entrent en tension directe avec ce que Saint-Paul est : une commune de diversités, de métissages, d’histoires mêlées. Importer cette logique dans la gestion communale d’une ville comme Saint-Paul, c’est un risque que nous ne pouvons pas passer sous silence.
Notre avis: Programme trop court, trop générique, trop national pour une commune aussi complexe et diverse que Saint-Paul. La sincérité du projet local reste à démontrer.
MAXIME HOAREAU — « Saint-Paul en Mouvement »
Le programme en un mot : Sobre.

Hoareau propose en une page : gouvernance transparente (baisse des impôts par chasse au gaspillage, audit indépendant dès la première année, publication intégrale des dépenses, budget participatif par quartier), emploi local prioritaire dans les marchés publics, centres communaux jeunesse et entrepreneuriat, soutien aux pêcheurs, agriculteurs et commerçants, relance des zones artisanales de Savannah et Cambaie, propreté d’urgence, protection du littoral, soutien aux Hauts, police de proximité 7j/7, solidarité (maisons de quartier, prévention santé, plan seniors). Et une perspective d’avenir : des cités collectives dans les Hauts avec commerces de proximité, priorité aux Saint-Paulois.
Ce qu’on observe : C’est le programme le plus court après celui de Morel, mais à la différence de ce dernier, il contient des références au territoire réelles (Savannah, Cambaie, les Hauts, le littoral). Le budget participatif dans chaque quartier et écart est une proposition démocratiquement intéressante. L’audit dès la première année : tous le disent, mais Hoareau en fait une condition de départ, pas une promesse parmi d’autres.
Ce qui reste flou : Qui est Maxime Hoareau ? Quel est son ancrage dans le tissu associatif, économique et civique de Saint-Paul ? Quelle équipe l’entoure ? Un programme d’une page, c’est un point de départ. La confiance se construit aussi dans la durée, dans les quartiers, dans les meetings, dans les débats. L’inconnue reste entière.
Ce qu’on note positivement : L’honnêteté de ne pas surprommettre. Pas de grands projets pharaoniques sans financement visible. Une forme de modestie qui peut être lue comme une vertu.
Notre avis : Un programme sobre et ancré dans le réel, porté par une figure encore peu connue. À surveiller de près. Les questions légitimes restent ouvertes.
CYRILLE MELCHIOR — « Nous les Saint-Paulois ! »
Le programme en un mot : Concret.

Melchior articule son projet autour de six engagements : pouvoir d’achat (cantine gratuite élargie aux classes moyennes, gel des impôts locaux sur 6 ans, Chèque Eau & Énergie à 100€ pour les foyers modestes et monoparentaux), proximité (mairies annexes transformées en Maisons de Proximité, état civil ouvert le samedi et en nocturne), emploi/logement/aménagement (plan Zéro Habitat Indigne, 5 000 nouveaux logements,
clauses d’insertion locales dans les marchés publics, Éco-Cité Cambaie, végétalisation des centres urbains), sécurité (police 24h/24 et 7j/7, brigade de nuit, circuit automobile homologué pour les rodéos sauvages, brigade verte contre les dépôts sauvages), épanouissement (Pass Kar Jeune à -50%, sport inclusif, Charte égalité Femmes-Hommes dès le 1er conseil municipal), aînés (aide jusqu’à 80% pour l’amélioration de l’habitat, lutte contre l’isolement, portage de repas).
Ce qu’on observe : C’est le programme le plus précis dans ses mesures. Le Chèque Eau & Énergie répond à un besoin réel et documenté. La brigade de nuit mobile est une réponse concrète à des remontées de terrain. L’idée d’un circuit automobile homologué pour canaliser les rodéos sauvages est une proposition originale — qu’on peut trouver dérangeante ou pragmatique selon les points de vue, mais qui a le mérite d’exister.
La question qu’on ne peut pas éviter : Cyrille Melchior est l’actuel Président du Conseil Départemental de La Réunion. La loi du 14 février 2014 portant interdiction du cumul de fonctions exécutives locales lui interdit d’être à la fois maire et président de département. S’il est élu le 22 mars, il devra choisir. Qui reprendra la Présidence du Département ? Cette question engage la gouvernance du territoire pour six ans. Les électeurs ont le droit d’y avoir une réponse claire avant de voter.
Nos réserves : Veut il vraiment être Maire? Ou, à défaut d’avoir d’autre candidat, ne veut il pas juste défendre les couleurs de son nouveau parti N’R au sein d’une droite réunionnaise qui se déchire?
Notre avis : Le programme le plus opérationnel de la campagne. Mais des questions de transparence démocratique restent sans réponse.
EMMANUEL SÉRAPHIN — « Saint-Paul ! Avans ! » / Alliance PLR-LFI

Séraphin présente le programme le plus volumineux : dix pages structurées autour de la ville « Pour bien-naître, bien-vivre, bien-vieillir ensemble ». Petite enfance (crèches dans chaque quartier, Pack Ti-Baba pour chaque nouveau-né, crèche d’entreprise), jeunesse (Kaz des Jeunes, 25 contrats première expérience par an, 200 alternances sur le mandat), éducation (fournitures scolaires gratuites, cours végétalisées à 100%, confort thermique, repas bio et locaux en cantine), culture (capitale des festivals, festival de l’image), sport (12 nouveaux espaces de proximité Foot-Five/Padel/Street-Basket), santé (déserts médicaux, EHPAD, plan senior, santé mentale), solidarité (bouteille de gaz à 10€, Sécurité Sociale Alimentaire, hébergement d’urgence, lutte contre l’illettrisme), logement (PLU bioclimatique, régularisation des occupants sans titre, encadrement des loyers), mobilités (téléphérique Hauts/centre-ville,
réhabilitation des sentiers lontan, navettes de centre-ville, radiers dans les Hauts), environnement (Plan 100 000 arbres, sobriété énergétique, récupération des eaux de pluie, protection du lagon), économie (Cambaie capitale économique, 1M€ d’achats garantis aux producteurs locaux, parking en silo, marché de gros, légumerie), tourisme (Maïdo, Ermitage, camping dans les Hauts, dynamisme balnéaire).
Le programme en un mot : Exhaustif.
Ce qu’on observe : La connaissance du territoire est réelle. Le « Plan Nout Kartyié » — ce plan de proximité qui revient dans chaque chapitre — dénote une pensée qui part du quartier et monte vers la ville. Le téléphérique entre les Hauts et le centre-ville est une proposition structurante et ambitieuse. La Sécurité Sociale Alimentaire, si elle va plus loin qu’une simple promesse, serait une innovation majeure.
Ce qui interroge : La longueur même de ce programme peut être lue comme un manque de hiérarchisation. Quand tout est prioritaire, rien ne l’est vraiment. Par ailleurs, plusieurs de ces engagements figuraient dans le programme de 2020 — le téléphérique, la végétalisation des cours, le camping dans les Hauts. Certaines de ces promesses figuraient déjà dans son programme de 2020. Que s’est-il passé ? Un programme n’est pas un manifeste d’intentions, c’est un contrat avec les habitants. Et un contrat qui se reconduit sans inventaire, ce n’est pas de la continuité — c’est de l’esquive. Et pourtant il n’a pas manqué de moyens! Maire en place, Président du TO, président de la SEDRE, disposant du soutien de la région présidé par Huguette Bello ( en seconde position sur sa liste). Malgré toute ces outils dans les mains, beaucoup de dossier reste en friche ( Aménagement du territoire, Environnement, Habitat, le développement de Zones artisanales ou industrielles, la question des transports et des embouteillages, l’écart grandissant entre les Hauts et les Bas , la gentrification du centre de Saint Paul de Saint Gilles et l’appauvrissement des Hauts). Beaucoup de dossiers qui n’ont pas été ouverts ou à peine effleurés. Qu’est ce qui nous garantie que cela va changer quand il nous demande de faire le choix de la stabilité, de la continuité et du progrès
La gouvernance? : il nous est présenté une liste renouvelée mais rien ne nous garantit que sa diversité pourra s’exprimer plus facilement que lors du précédent”dent mandant. L’affichage de l’attachement à la concertation et à la participation citoyenne n’a pas été réellement visible Ce n’est pas pvrcequ’il y a des conseil de quartier et des budgets participatifs que les politiques municipales sont réellement débattu quand la gouvernance est souvent qualifié de verticale.
Notre avis : Un programme apparemment riche, porté par le candidat qui connaît le mieux les rouages de la commune, puisqu’il en est le Maire. Mais la question du bilan et de la cohérence dans la durée de l’alliance politique entre PLR LFI PS … reste posée ainsi que la capacité d’ouverture et de concertation de la gouvernance .
DIDIER ROBERT — liste DR
Le programme en un mot : Structuré.

Robert organise son projet en trois volets. Proximité : rééquilibrage Hauts/Bas (centres administratifs complets dans les quartiers, rattrapage des équipements publics), accès à la propriété (déclassement des terrains, dialogue avec les bailleurs sociaux), vie associative, sécurité (commissariat en complément de la gendarmerie, police municipale dans les Hauts), environnement (espaces remarquables, plan de prévention des risques).Solidarité : Fondation Saint-Pauloise (aide alimentaire, petits travaux, déplacements), Chèque Saint-Paul Solidaire (alimentation, énergie, dépenses essentielles), garage-contrôle technique solidaire, Énergie Solaire Solidaire, cantine gratuite pour les familles modestes, accompagnement du handicap, aînés (centres de vie, services à domicile), enfance-éducation (modernisation des écoles, apprentissage des langues, soutien numérique, cantine gratuite). Progrès : service public efficace (titularisation du personnel selon ancienneté et mérite), zones d’activité de proximité, Cambaie Smart City de l’Océan Indien, ZAC Renaissance repensée, Route des Tamarins comme axe de développement, agriculture et souveraineté alimentaire (retenues collinaires, marché de gros à Cambaie, circuits courts), tourisme (Maïdo, Ermitage, balnéaire).
Ce qu’on observe : C’est le programme le plus lisible dans sa structure. La Fondation Saint-Pauloise est une idée originale, qui tente de fédérer acteurs publics, privés et associatifs autour d’une mission sociale commune. La Route des Tamarins comme axe de développement économique est une vision d’aménagement du territoire qui peut avoir du sens. L’enjeu de la souveraineté alimentaire avec les retenues collinaires dans les Hauts est sérieux.
Ce qui ne peut pas être ignoré : Didier Robert porte un bilan territorial connu. La question de la confiance est au cœur de sa candidature — et elle ne se résout pas par un programme, aussi bien construit soit-il. C’est lui qui le sait mieux que quiconque. Pour des raisons de politique locale, notre blog ne peut apporter son soutien à cette liste.
Notre avis : Un programme sérieux, bien articulé, qui souffre du poids de l’histoire politique de son porteur.
CE QUE TOUS LES PROGRAMMES ÉVITENT DE DIRE
Quelle que soit la liste, cinq questions fondamentales restent sans réponse :
1. La question financière. D’où vient l’argent ? Pas un seul programme ne présente une trajectoire budgétaire réaliste. À l’heure où les dotations de l’État se réduisent et où les communes doivent assumer des dépenses croissantes, promettre sans chiffrer, c’est tromper en toute bonne conscience.
2. La vision intercommunale. Saint-Paul est membre du TCO (Territoire de la Côte Ouest). Les décisions les plus importantes en matière d’aménagement, de mobilité, d’eau, d’économie se prennent à l’échelle intercommunale. Presque aucun programme ne précise quelle sera la posture de la nouvelle majorité au sein du TCO.
3. L’adaptation climatique réelle. Au-delà des formules sur le « Plan 100 000 arbres » ou la « sobriété énergétique », Saint-Paul est en première ligne face aux risques de submersion, d’inondations, de chaleur urbaine. Où sont les plans concrets d’adaptation ?
4. La mobilité au-delà de la voiture. Les embouteillages quotidiens sur l’axe côtier sont un calvaire documenté. Toutes les listes parlent de « trottoirs » et de « pistes cyclables ». Personne ne propose une vraie politique de rupture sur ce sujet.
5. La question des ressources humaines. La commune de Saint-Paul emploie des centaines d’agents. Leur motivation, leur formation, leur organisation conditionne la qualité de tous les services publics. Ce sujet est presque absent de tous les programmes.
NOS TROIS QUESTIONS À POSER À VOTRE CANDIDAT
Avant de couler votre bulletin le 15 mars, posez-lui — en réunion publique, sur les réseaux sociaux, ou directement dans la rue — ces trois questions :
« Quelle est votre première décision concrète dans les 100 premiers jours ? »
« D’où vient l’argent de votre promesse principale ? »
« Que ferez-vous si vous ne pouvez pas tenir cet engagement ? »
La qualité de la réponse vous dira plus que tout le programme.
A nou Aster Sinpol est un blog citoyen indépendant. Il ne reçoit aucun financement de candidats, de partis politiques ou d’intérêts privés. Après les élections, nous continuerons notre mission de veille citoyenne : suivre la mise en œuvre des promesses, interpeller les élus, et rendre compte à ceux qui nous lisent.
Annou reste. Annou veye. Annou koz.

N’hésitez pas à commenter!